Mont Kailash et kora

Le Mont Kailash en photos

Présentation du Mont Kailash et kora

Situé dans l’ouest du Tibet, près de la frontière indienne, le Mont Kailash surplombe un paysage de plateaux du haut de ses 6714 mètres.

La montagne Kailash est sacrée pour quatre religions : bouddhisme tibétain, bön (religion chamaniste du Tibet, hindouisme et jaïn. Les bouddhistes tibétains voient dans le Kailash le centre de l’univers, les böns vénèrent la montagne comme étant l’âme de la région et comme l’origine de leur religion, les jaïns pensent que leur fondateur, Rishabanatha, a reçu l’illumination au sommet de la montagnetandis que les hindous y voient la demeure de Shiva. Des milliers de pèlerins se rendent au mont Kailash et y font la kora : marcher autour de la montagne Kailash dans le sens des aiguilles d’une montre tandis que les böns marchent dans l’autre sens. C’est également ici que selon la légende, le célèbre poète-ermite Milarepa aurait vaincu les adeptes du bön.

Darchen est un petit village situé à environ 4500 mètres d’altitude non loin du Mont Kailash. C’est le point de départ obligé pour un pèlerinage autour du Mont Kailash. La randonnée autour du Mont Kailash, appelé Kora, n’est pas une promenade de santé, et doit être effectuée par toute personne en bonne santé physique et pouvant résister à des conditions de marche extrême à plus de 5000m d’altitude, parfois dans le froid et dans le vent. La meilleure saison pour effectuer la Kora autour du Kailash va du mois de Mai à Octobre, mais même à cette période, les conditions climatiques sont changeantes.

Si certaines pèlerins tibétains ou hindous effectuent les quelques 52kms de la Kora en une journée, nous vous conseillons une randonnée de 3 jours et 2 nuits. La nourriture et le matériel de campement vous suivra grâce à votre bon Yak et son maître tibétain.

Pour plus de précisions sur cette randonnée, nous vous conseillons de lire l’extrait ci-dessous du roman de Martial DENIS intitulé « Incertitudes autour du Monde » et consacré à la randonnée autour du mont Kailash.


La Kora autour du Mont Kailash
Extrait du livre « Incertitudes autour du Monde » de Martial DENIS

Le pèlerinage du Mont Kailash

Le mont Kailash et ses 6714 mètres est vénéré par quatre religions. Les hindouistes considèrent la montagne comme la demeure de Shiva, dieu de la destruction et de la transformation dans la trilogie ultime des dieux hindous. Les Jaïns pensent que leur fondateur, Rishabanatha, a reçu l’illumination au sommet de la montagne qu’il nomme Ashtapada. Les böns, ancienne religion majoritaire du Tibet qui compte encore de nombreux adeptes, vénèrent la montagne comme étant l’âme de la région et comme l’origine de leur religion. Quant aux bouddhistes, ils voient dans le Kailash une représentation symbolique du mont Méru qui se situe au centre de l’univers. Ils considèrent aussi Kang Rinpoche (Kailash) comme la demeure du Bouddha de la compassion. De plus, Milarepa, un saint parmi les saints, aurait vaincu son rival bön lors de luttes magiques autour de la montagne. De nombreuses traces de ces épreuves subsisteraient encore.

La tradition des pèlerinages se poursuit depuis des millénaires, aussi bien pour les Tibétains, que pour les Indiens. Chez les bouddhistes, réaliser un tour du Kailash, dans le sens des aiguilles d’une montre, permet de purifier le pèlerin pour son existence, en faire treize fois le tour assure un karma favorable pour plusieurs millions d’années et le réaliser cent huit fois permet de gagner directement le nirvana . Pour les hindouistes, mourir au pied du Kailash est aussi purificateur que d’être incinéré à Bénarès, sur les bords du Gange. Se rendre en pèlerinage autour de la demeure de Shiva, et réaliser la kora (le tour du mont) est un pas certain vers une réincarnation considérée comme positive. Les böns réalisent la kora dans le sens inverse des bouddhistes et sont donc aisément identifiables.

Un voyage sur le toit du monde est inévitablement un périple dans un univers hors du temps, celui du culte des esprits, celui du bouddhisme tibétain, le lamaïsme et son système de réincarnation des lamas. À chaque lac, pont, montagne, col, maison et monastère, il y a des drapeaux à prières qui nous rappelle le lien fort qui relie les hommes à la nature et au divin… Il n’existe pas d’autres pays comme le Tibet. On ne peut découvrir cette immense contrée sans plonger dans un océan de mystères, de dévotion et d’humilité. Sans une connaissance au moins minime du bouddhisme, on ne peut comprendre ce peuple. Le bouddhisme tibétain est caractérisé par l’importance des différents ordres monacaux (Gelugpa, Kagyupa, Nyingmapa et Sakyapa), la réincarnation des grands lamas et un ensemble de rituels tout en couleur et en musique.

À notre arrivée à Darchen, village à 4600 mètres d’altitude, point de départ du pèlerinage, nous nous entassons dans des dortoirs sans charme pour vingt yuans. L’arrivée de groupes depuis Lhassa est prévue pour le lendemain. Mais je ne les attends pas !
Je pars pour la kora, le chemin de pèlerinage, le jeudi 19 mai. Traditionnellement, ce pèlerinage de cinquante deux kilomètres s’effectue en trois jours. De nombreux voyageurs le réalisent en deux jours, mais sans acclimatation à l’altitude le parcours est éreintant. Les Tibétains, excellents marcheurs par obligation, effectuent la kora en une journée.

Le début est tranquille. Sur notre gauche (plein sud), le massif himalayen, avec l’immense Gurla Mandata et ses 7728 mètres, est majestueux dans ses habits neigeux et marque la frontière naturelle entre le Tibet et le Népal. Lorsque nous passons la crête au bout de deux heures, au moment même où nous passons le premier des quatre lieux de prosternation, l’imposant mât de Tarboche, son manteau de drapeaux à prières et ses pierres gravées de mantras dont le fameux Om Mani Padme Hum se présentent à notre regard. Ce n’est qu’une heure plus tard que nous atteignons le mât que l’on remplace chaque année lors du festival de Tarboche. J’aurai la possibilité d’assister à ce festival dans quelques jours. D’ici, la vue sur le sommet du Kailash est splendide. Le ciel bleu, parsemé de nuages blancs, accroît l’impression magique et transcendantale de ce symbolique centre du monde.

À proximité de Tarboche, après une légère grimpette, se découvre le cimetière des 84 Mahasiddhas. En ces lieux, se déroulent les funérailles tibétaines avec les corps de défunt déchiquetés et offerts en festin aux vautours (les aigles saints)… Si les corps des saints lamas sont conservés dans des chörten (ou stupas), si les corps des plus pauvres sont déposés dans le lit d’une rivière ; la majorité des Tibétains, à leur mort, subissent l’enterrement céleste. Les endroits de funérailles aériennes sont connus et il n’est pas concevable de procéder à cette cérémonie dans un endroit quelconque. Les hommes qui se chargent de morceler et d’offrir le corps aux vautours sont une minorité peu appréciée par leurs contemporains.

En poursuivant le chemin le long de la vallée Lha Chu, je remarque un monastère perché sur l’autre versant de la rivière. La montée est abrupte mais sans danger. Je ne suis pas totalement habitué à l’altitude et les efforts fournis sont épuisants. Lorsque j’arrive aux portes du monastère Chuku, tout paraît désert. Je pénètre à l’intérieur et découvre une cérémonie religieuse. Les pèlerins sont bénis par un moine. Le laïque qui gère la file d’attente m’invite à la rejoindre. Je ne parviens pas à savoir les raisons d’une telle cérémonie. Un moine me prend les mains, dit des psaumes, relâche mes mains et dessine de ses bras une sorte d’ovale autour de moi. Puis avec un objet que je ne définis pas, il me baptise avant d’accepter mon don avec sourire. En sortant de la salle principale, je me retrouve face-à-face avec mes prédécesseurs. Quelques personnes m’ont attendu, curieux de voir cet étranger, et m’offrent alors un peu de thé au beurre et des petits gâteaux. Nous descendons ensemble vers le chemin de pèlerinage. Cette escapade dans un monastère isolé et tranquille, ignoré par de nombreux voyageurs et pèlerins pressés, me remplit le cœur de sérénité. Lorsque je retrouve la piste de la kora, il est treize heures. J’ai encore beaucoup de temps avant la tombée de la nuit et mon rythme de marche est moins élevé que ce matin. Je profite de chaque instant. Je ne sais pas si je ferai plusieurs tours et si je reviendrai sur ces lieux. Je m’arrête au deuxième point de prosternation pour attendre deux pèlerins que je viens de dépasser. Habillés d’un tablier de cuir, dotés de gants et de sabots de bois, ils se prosternent inlassablement le long du chemin poussiéreux. Leur kora prendra plusieurs jours, sans doute plusieurs semaines puisqu’ils feront plusieurs tours du Kailash. À chaque nouvelle avancée, les mêmes gestes se répètent. De leurs mains jointes, ils touchent d’abord leur front, leurs lèvres et leur cœur, symboles respectifs de l’esprit, de la parole et du corps, avant de s’agenouiller puis de s’étendre de tout leur long. Ils se relèvent ensuite et l’endroit du sol délimité par l’extrémité de leurs bras est leur nouveau point de départ pour une nouvelle prosternation.

Les quatre points de prosternation sont marqués par un gros amoncellement de pierres dont un grand nombre ont des mantras gravés. Autour, des drapeaux à prières flottent. Aux quatre points, les pèlerins font douze prosternations ; trois dans quatre directions différentes. Le Kailash doit ainsi être honoré à chaque point.

Alors que j’observe les pèlerins, je suis rattrapé par Pierre, Miyazaki et Kosué. Vincent est plus loin derrière et je décide de l’attendre en cherchant l’empreinte de pied de Bouddha. C’est une recherche vaine mais Vincent me rejoint. Nous faisons un bout de chemin ensemble avant de nous arrêter dans une tente de nomades qui offrent des rafraîchissements frais ou chauds à la disposition des pèlerins. En fait, il n’y a que du thé au beurre comme boisson chaude. Peu importe, cela fera l’affaire ! Mon rythme de progression est plus rapide que celui de Vincent. Je le laisse derrière pour cette ultime heure et demie de marche. Lorsque j’arrive au monastère de Dira Puk, je sens la fatigue et l’altitude m’étreindrent. Je parviens au campement de quelques tentes nomades. J’obtiens un lit dans un dortoir frigorifique mais, heureusement, les couvertures sont nombreuses. J’ai eu la bonne idée, également, de prendre mon duvet. Les courageux, qui auront fait le parcours sans, connaîtront une nuit froide et difficile.

Le jour suivant, je prévois une excursion vers la source de l’Indus. Mais un vieux nomade me conseille plutôt de poursuivre la kora, puisqu’un mauvais climat est annoncé pour les jours prochains. Je m’élance donc d’un pas décidé vers le deuxième jour de la kora, deux heures après tous les autres. Je monte d’un pas alerte. Derrière moi, arrivent les pèlerins qui sont partis ce matin de Darchen. Je me sens mieux qu’hier. J’atteins le Siwatshal à 5330 mètres. C’est un vaste champ rocheux recouvert d’une multitude de vêtements, d’ossements, de chaussures et de mèches de cheveux. Les pèlerins, en cet endroit, peuvent connaître une mort symbolique en laissant leur ancienne vie derrière eux. Si la plupart laissent des vêtements leur appartenant ; quelques-uns, les plus fervents, laissent du sang (coupure d’un doigt ou écorchure de gencives). Ensuite, c’est à chacun d’orienter la nouvelle vie, prochainement acquise au sommet pour améliorer son karma ! Je continue la montée vers le col de Drölma-la à 5636 mètres. Les ultimes deux cents mètres d’ascension sont dans la neige et la pente est très dure. L’altitude n’arrange rien à la difficulté et ces ultimes mètres nécessitent quelques moments de répit tout au long de cette heure de montée. Enfin, c’est la découverte du col et de la vue décevante qui s’offre sur le Kailash. Pourtant, une certaine euphorie est partagée par tous les présents. Les sourires sont nombreux et se partagent avec des inconnus. La montée est terminée et les difficultés avec. En fait, plus que l’effort physique, c’est la récompense spirituelle qui satisfait les Tibétains. Le col du Drölma-la est le passage effectif à une nouvelle vie. Les pèlerins voient leurs péchés pardonnés par la déesse de la miséricorde Drölma et c’est une nouvelle vie alors qui est offerte.

Il ne reste plus qu’à descendre jusqu’à Darchen. Avant d’entamer le retour, chacun des visiteurs prend quelques minutes de repos. Les Tibétains lancent au vent des papiers à prière multicolores, invoquant un tranquille retour au foyer et remerciant les dieux pour leur protection tout au long de leur route. Tous se prosternent et touchent de leur front le sol enneigé. Un grand nombre, et aussi des touristes, attachent des drapeaux à prière. Tous reprennent des forces en mangeant et en se rafraîchissant. La descente du col est dangereuse. Non pas qu’elle présente de difficultés dues à la pente et au chemin mais à cause de la neige et du manque de prise de mes chaussures usagées. Je manque de peu de m’effondrer et de glisser le long de la crête. Je m’égratigne même la main droite. Je rattrape Miyazaki et Kosué puis, plus loin, Pierre et Vincent. En observant les Tibétains, nombreux à descendre avec assurance et dextérité, je repense aux moines volants. Ces moines semblaient voler dans les airs tellement leurs pas étaient immenses et leurs mouvements rapides leur faisaient à peine effleurer les obstacles naturels. Cette technique était le résultat d’une douzaine d’années de méditation. Les moines développaient ainsi une remarquable concentration d’esprit qui leur permettaient de courir longtemps et sans fatigue apparente. Pierre et Vincent sont loin de posséder cette maîtrise de l’espace et de leurs gestes. Leur descente est lente et incertaine. Lorsque nous arrivons dans la vallée creusée par la rivière Lham Chukhir, nous récupérons de nos efforts dans une tente nomade. Celle-ci est très fréquentée. Nous déjeunons d’un bol de soupe instantanée. Et nous reprenons notre chemin. C’est indéniable, notre corps se sent plus léger, plus affranchi des contraintes de l’altitude. La respiration est plus sereine et mes poumons semblent aspirer plus d’air. Le temps se dégrade nettement. Le limpide ciel bleu du col fait place dans la vallée à un bas plafond nuageux accueillant les pèlerins, las mais satisfaits, par une fine pluie glaciale. La descente n’offre pas les splendides vues de la montée sur le Kailash. La vallée de la Lham Chukhir est large. Tout au long de notre descente, nous rencontrerons des troupeaux de yaks et de dzos, croisements entre un yak et une vache. Ces bovins, à la fourrure chaude et colorée, sont très craintifs et s’affolent rapidement. J’évite de m’en approcher trop près. Pourtant, je ressens un attrait pour ces bovidés capables de résister à des températures de moins quarante degrés, à la raréfaction de l’oxygène et aux terribles vents du plateau tibétain. La vie des nomades ne serait pas possible dans ces contrées reculées et difficiles d’accès sans ces animaux dont on exploite la viande, le lait, la graisse, les cornes, la fourrure et la peau. Il y a de moins en moins de yaks sauvages, bêtes plus imposantes et avec une fourrure doublement plus dense que celle du yak domestique. Nous parvenons au monastère de Zutul-puk (4790 mètres) avant la tombée de la nuit. Pour vingt yuans, nous logerons dans une pièce adjacente à la famille qui tient un petit magasin de ravitaillement. Nous sommes moins nombreux qu’hier. Un bon nombre de nos compagnons ont préféré rentrer directement sur Darchen. La nuit sera belle et la visite du monastère le lendemain bien sympathique.

Le laïque et sa femme, qui vivent dans ce lieu reculé, nous ouvrent les portes de la salle de prières puis nous invitent à partager un thé au beurre autour du feu de leur cheminée. Un jeune moine aux cheveux longs nous rejoindra et nos hôtes feront preuve envers ce jeune homme d’une grande prévenance. Un moine aux cheveux longs ! ? Les Tibétains ne s’en offusquent pas. Nombre de leur personnage mythique, comme Milarepa, le chanteur poète, ont les cheveux longs et cela ne les ont pas empêchés d’atteindre le nirvana et de réaliser des actes de grande maîtrise. Sur la terre des dieux, il y a deux bouddhismes. Celui des écoles et des ordres monastiques et celui de la population. Le second est rempli de fantômes, démons et sorciers et les expériences personnelles comptent davantage qu’un bon niveau d’études scolastiques. Pierre, Vincent et moi-même apprendrons que ce jeune moine souhaite réaliser treize koras. Nous le rencontrerons plus tard, lors du festival de Tarboche. Curieux devant notre guide sur le Tibet, il souhaite que nous le lui prêtions un instant. Ce que nous faisons sans hésiter. Il le reçoit sur la paume des mains tendues. Chez les Tibétains, particulièrement les plus croyants, les livres possèdent quelque chose de divin, et sont des symboles de la parole de Bouddha. Un œuvre écrite ne se jette pas, ne s’enjambe pas et ne se pose pas à terre. Il sourit devant les photos du Kailash et de pèlerins, puis respectueusement nous rend le guide.

En ce troisième jour de kora, nous ne rencontrons aucun pèlerin. Nous prenons notre temps pour rejoindre Darchen que nous atteignons en début d’après-midi. Les paysages de la vallée de Dzong Chu sont superbes. Dire que bon nombre de voyageurs ignorent ces somptueuses couleurs de roches que les arcs-en-ciel, créés par les mouvements des drapeaux à prières surplombant la rivière, embellissent. Nous récupérons nos affaires et dégotons un dortoir sans confort mais chaleureux.

Extrait du livre « Incertitudes autour du Monde » de Martial DENIS

Le pèlerinage du Mont Kailash

Le mont Kailash et ses 6714 mètres est vénéré par quatre religions. Les hindouistes considèrent la montagne comme la demeure de Shiva, dieu de la destruction et de la transformation dans la trilogie ultime des dieux hindous. Les Jaïns pensent que leur fondateur, Rishabanatha, a reçu l’illumination au sommet de la montagne qu’il nomme Ashtapada. Les böns, ancienne religion majoritaire du Tibet qui compte encore de nombreux adeptes, vénèrent la montagne comme étant l’âme de la région et comme l’origine de leur religion. Quant aux bouddhistes, ils voient dans le Kailash une représentation symbolique du mont Méru qui se situe au centre de l’univers. Ils considèrent aussi Kang Rinpoche (Kailash) comme la demeure du Bouddha de la compassion. De plus, Milarepa, un saint parmi les saints, aurait vaincu son rival bön lors de luttes magiques autour de la montagne. De nombreuses traces de ces épreuves subsisteraient encore.

La tradition des pèlerinages se poursuit depuis des millénaires, aussi bien pour les Tibétains, que pour les Indiens. Chez les bouddhistes, réaliser un tour du Kailash, dans le sens des aiguilles d’une montre, permet de purifier le pèlerin pour son existence, en faire treize fois le tour assure un karma favorable pour plusieurs millions d’années et le réaliser cent huit fois permet de gagner directement le nirvana . Pour les hindouistes, mourir au pied du Kailash est aussi purificateur que d’être incinéré à Bénarès, sur les bords du Gange. Se rendre en pèlerinage autour de la demeure de Shiva, et réaliser la kora (le tour du mont) est un pas certain vers une réincarnation considérée comme positive. Les böns réalisent la kora dans le sens inverse des bouddhistes et sont donc aisément identifiables.

Un voyage sur le toit du monde est inévitablement un périple dans un univers hors du temps, celui du culte des esprits, celui du bouddhisme tibétain, le lamaïsme et son système de réincarnation des lamas. À chaque lac, pont, montagne, col, maison et monastère, il y a des drapeaux à prières qui nous rappelle le lien fort qui relie les hommes à la nature et au divin… Il n’existe pas d’autres pays comme le Tibet. On ne peut découvrir cette immense contrée sans plonger dans un océan de mystères, de dévotion et d’humilité. Sans une connaissance au moins minime du bouddhisme, on ne peut comprendre ce peuple. Le bouddhisme tibétain est caractérisé par l’importance des différents ordres monacaux (Gelugpa, Kagyupa, Nyingmapa et Sakyapa), la réincarnation des grands lamas et un ensemble de rituels tout en couleur et en musique.

À notre arrivée à Darchen, village à 4600 mètres d’altitude, point de départ du pèlerinage, nous nous entassons dans des dortoirs sans charme pour vingt yuans. L’arrivée de groupes depuis Lhassa est prévue pour le lendemain. Mais je ne les attends pas !
Je pars pour la kora, le chemin de pèlerinage, le jeudi 19 mai. Traditionnellement, ce pèlerinage de cinquante deux kilomètres s’effectue en trois jours. De nombreux voyageurs le réalisent en deux jours, mais sans acclimatation à l’altitude le parcours est éreintant. Les Tibétains, excellents marcheurs par obligation, effectuent la kora en une journée.

Le début est tranquille. Sur notre gauche (plein sud), le massif himalayen, avec l’immense Gurla Mandata et ses 7728 mètres, est majestueux dans ses habits neigeux et marque la frontière naturelle entre le Tibet et le Népal. Lorsque nous passons la crête au bout de deux heures, au moment même où nous passons le premier des quatre lieux de prosternation, l’imposant mât de Tarboche, son manteau de drapeaux à prières et ses pierres gravées de mantras dont le fameux Om Mani Padme Hum se présentent à notre regard. Ce n’est qu’une heure plus tard que nous atteignons le mât que l’on remplace chaque année lors du festival de Tarboche. J’aurai la possibilité d’assister à ce festival dans quelques jours. D’ici, la vue sur le sommet du Kailash est splendide. Le ciel bleu, parsemé de nuages blancs, accroît l’impression magique et transcendantale de ce symbolique centre du monde.

À proximité de Tarboche, après une légère grimpette, se découvre le cimetière des 84 Mahasiddhas. En ces lieux, se déroulent les funérailles tibétaines avec les corps de défunt déchiquetés et offerts en festin aux vautours (les aigles saints)… Si les corps des saints lamas sont conservés dans des chörten (ou stupas), si les corps des plus pauvres sont déposés dans le lit d’une rivière ; la majorité des Tibétains, à leur mort, subissent l’enterrement céleste. Les endroits de funérailles aériennes sont connus et il n’est pas concevable de procéder à cette cérémonie dans un endroit quelconque. Les hommes qui se chargent de morceler et d’offrir le corps aux vautours sont une minorité peu appréciée par leurs contemporains.

En poursuivant le chemin le long de la vallée Lha Chu, je remarque un monastère perché sur l’autre versant de la rivière. La montée est abrupte mais sans danger. Je ne suis pas totalement habitué à l’altitude et les efforts fournis sont épuisants. Lorsque j’arrive aux portes du monastère Chuku, tout paraît désert. Je pénètre à l’intérieur et découvre une cérémonie religieuse. Les pèlerins sont bénis par un moine. Le laïque qui gère la file d’attente m’invite à la rejoindre. Je ne parviens pas à savoir les raisons d’une telle cérémonie. Un moine me prend les mains, dit des psaumes, relâche mes mains et dessine de ses bras une sorte d’ovale autour de moi. Puis avec un objet que je ne définis pas, il me baptise avant d’accepter mon don avec sourire. En sortant de la salle principale, je me retrouve face-à-face avec mes prédécesseurs. Quelques personnes m’ont attendu, curieux de voir cet étranger, et m’offrent alors un peu de thé au beurre et des petits gâteaux. Nous descendons ensemble vers le chemin de pèlerinage. Cette escapade dans un monastère isolé et tranquille, ignoré par de nombreux voyageurs et pèlerins pressés, me remplit le cœur de sérénité. Lorsque je retrouve la piste de la kora, il est treize heures. J’ai encore beaucoup de temps avant la tombée de la nuit et mon rythme de marche est moins élevé que ce matin. Je profite de chaque instant. Je ne sais pas si je ferai plusieurs tours et si je reviendrai sur ces lieux. Je m’arrête au deuxième point de prosternation pour attendre deux pèlerins que je viens de dépasser. Habillés d’un tablier de cuir, dotés de gants et de sabots de bois, ils se prosternent inlassablement le long du chemin poussiéreux. Leur kora prendra plusieurs jours, sans doute plusieurs semaines puisqu’ils feront plusieurs tours du Kailash. À chaque nouvelle avancée, les mêmes gestes se répètent. De leurs mains jointes, ils touchent d’abord leur front, leurs lèvres et leur cœur, symboles respectifs de l’esprit, de la parole et du corps, avant de s’agenouiller puis de s’étendre de tout leur long. Ils se relèvent ensuite et l’endroit du sol délimité par l’extrémité de leurs bras est leur nouveau point de départ pour une nouvelle prosternation.

Les quatre points de prosternation sont marqués par un gros amoncellement de pierres dont un grand nombre ont des mantras gravés. Autour, des drapeaux à prières flottent. Aux quatre points, les pèlerins font douze prosternations ; trois dans quatre directions différentes. Le Kailash doit ainsi être honoré à chaque point.

Alors que j’observe les pèlerins, je suis rattrapé par Pierre, Miyazaki et Kosué. Vincent est plus loin derrière et je décide de l’attendre en cherchant l’empreinte de pied de Bouddha. C’est une recherche vaine mais Vincent me rejoint. Nous faisons un bout de chemin ensemble avant de nous arrêter dans une tente de nomades qui offrent des rafraîchissements frais ou chauds à la disposition des pèlerins. En fait, il n’y a que du thé au beurre comme boisson chaude. Peu importe, cela fera l’affaire ! Mon rythme de progression est plus rapide que celui de Vincent. Je le laisse derrière pour cette ultime heure et demie de marche. Lorsque j’arrive au monastère de Dira Puk, je sens la fatigue et l’altitude m’étreindrent. Je parviens au campement de quelques tentes nomades. J’obtiens un lit dans un dortoir frigorifique mais, heureusement, les couvertures sont nombreuses. J’ai eu la bonne idée, également, de prendre mon duvet. Les courageux, qui auront fait le parcours sans, connaîtront une nuit froide et difficile.

Le jour suivant, je prévois une excursion vers la source de l’Indus. Mais un vieux nomade me conseille plutôt de poursuivre la kora, puisqu’un mauvais climat est annoncé pour les jours prochains. Je m’élance donc d’un pas décidé vers le deuxième jour de la kora, deux heures après tous les autres. Je monte d’un pas alerte. Derrière moi, arrivent les pèlerins qui sont partis ce matin de Darchen. Je me sens mieux qu’hier. J’atteins le Siwatshal à 5330 mètres. C’est un vaste champ rocheux recouvert d’une multitude de vêtements, d’ossements, de chaussures et de mèches de cheveux. Les pèlerins, en cet endroit, peuvent connaître une mort symbolique en laissant leur ancienne vie derrière eux. Si la plupart laissent des vêtements leur appartenant ; quelques-uns, les plus fervents, laissent du sang (coupure d’un doigt ou écorchure de gencives). Ensuite, c’est à chacun d’orienter la nouvelle vie, prochainement acquise au sommet pour améliorer son karma ! Je continue la montée vers le col de Drölma-la à 5636 mètres. Les ultimes deux cents mètres d’ascension sont dans la neige et la pente est très dure. L’altitude n’arrange rien à la difficulté et ces ultimes mètres nécessitent quelques moments de répit tout au long de cette heure de montée. Enfin, c’est la découverte du col et de la vue décevante qui s’offre sur le Kailash. Pourtant, une certaine euphorie est partagée par tous les présents. Les sourires sont nombreux et se partagent avec des inconnus. La montée est terminée et les difficultés avec. En fait, plus que l’effort physique, c’est la récompense spirituelle qui satisfait les Tibétains. Le col du Drölma-la est le passage effectif à une nouvelle vie. Les pèlerins voient leurs péchés pardonnés par la déesse de la miséricorde Drölma et c’est une nouvelle vie alors qui est offerte.

Il ne reste plus qu’à descendre jusqu’à Darchen. Avant d’entamer le retour, chacun des visiteurs prend quelques minutes de repos. Les Tibétains lancent au vent des papiers à prière multicolores, invoquant un tranquille retour au foyer et remerciant les dieux pour leur protection tout au long de leur route. Tous se prosternent et touchent de leur front le sol enneigé. Un grand nombre, et aussi des touristes, attachent des drapeaux à prière. Tous reprennent des forces en mangeant et en se rafraîchissant. La descente du col est dangereuse. Non pas qu’elle présente de difficultés dues à la pente et au chemin mais à cause de la neige et du manque de prise de mes chaussures usagées. Je manque de peu de m’effondrer et de glisser le long de la crête. Je m’égratigne même la main droite. Je rattrape Miyazaki et Kosué puis, plus loin, Pierre et Vincent. En observant les Tibétains, nombreux à descendre avec assurance et dextérité, je repense aux moines volants. Ces moines semblaient voler dans les airs tellement leurs pas étaient immenses et leurs mouvements rapides leur faisaient à peine effleurer les obstacles naturels. Cette technique était le résultat d’une douzaine d’années de méditation. Les moines développaient ainsi une remarquable concentration d’esprit qui leur permettaient de courir longtemps et sans fatigue apparente. Pierre et Vincent sont loin de posséder cette maîtrise de l’espace et de leurs gestes. Leur descente est lente et incertaine. Lorsque nous arrivons dans la vallée creusée par la rivière Lham Chukhir, nous récupérons de nos efforts dans une tente nomade. Celle-ci est très fréquentée. Nous déjeunons d’un bol de soupe instantanée. Et nous reprenons notre chemin. C’est indéniable, notre corps se sent plus léger, plus affranchi des contraintes de l’altitude. La respiration est plus sereine et mes poumons semblent aspirer plus d’air. Le temps se dégrade nettement. Le limpide ciel bleu du col fait place dans la vallée à un bas plafond nuageux accueillant les pèlerins, las mais satisfaits, par une fine pluie glaciale. La descente n’offre pas les splendides vues de la montée sur le Kailash. La vallée de la Lham Chukhir est large. Tout au long de notre descente, nous rencontrerons des troupeaux de yaks et de dzos, croisements entre un yak et une vache. Ces bovins, à la fourrure chaude et colorée, sont très craintifs et s’affolent rapidement. J’évite de m’en approcher trop près. Pourtant, je ressens un attrait pour ces bovidés capables de résister à des températures de moins quarante degrés, à la raréfaction de l’oxygène et aux terribles vents du plateau tibétain. La vie des nomades ne serait pas possible dans ces contrées reculées et difficiles d’accès sans ces animaux dont on exploite la viande, le lait, la graisse, les cornes, la fourrure et la peau. Il y a de moins en moins de yaks sauvages, bêtes plus imposantes et avec une fourrure doublement plus dense que celle du yak domestique. Nous parvenons au monastère de Zutul-puk (4790 mètres) avant la tombée de la nuit. Pour vingt yuans, nous logerons dans une pièce adjacente à la famille qui tient un petit magasin de ravitaillement. Nous sommes moins nombreux qu’hier. Un bon nombre de nos compagnons ont préféré rentrer directement sur Darchen. La nuit sera belle et la visite du monastère le lendemain bien sympathique.

Le laïque et sa femme, qui vivent dans ce lieu reculé, nous ouvrent les portes de la salle de prières puis nous invitent à partager un thé au beurre autour du feu de leur cheminée. Un jeune moine aux cheveux longs nous rejoindra et nos hôtes feront preuve envers ce jeune homme d’une grande prévenance. Un moine aux cheveux longs ! ? Les Tibétains ne s’en offusquent pas. Nombre de leur personnage mythique, comme Milarepa, le chanteur poète, ont les cheveux longs et cela ne les ont pas empêchés d’atteindre le nirvana et de réaliser des actes de grande maîtrise. Sur la terre des dieux, il y a deux bouddhismes. Celui des écoles et des ordres monastiques et celui de la population. Le second est rempli de fantômes, démons et sorciers et les expériences personnelles comptent davantage qu’un bon niveau d’études scolastiques. Pierre, Vincent et moi-même apprendrons que ce jeune moine souhaite réaliser treize koras. Nous le rencontrerons plus tard, lors du festival de Tarboche. Curieux devant notre guide sur le Tibet, il souhaite que nous le lui prêtions un instant. Ce que nous faisons sans hésiter. Il le reçoit sur la paume des mains tendues. Chez les Tibétains, particulièrement les plus croyants, les livres possèdent quelque chose de divin, et sont des symboles de la parole de Bouddha. Un œuvre écrite ne se jette pas, ne s’enjambe pas et ne se pose pas à terre. Il sourit devant les photos du Kailash et de pèlerins, puis respectueusement nous rend le guide.

En ce troisième jour de kora, nous ne rencontrons aucun pèlerin. Nous prenons notre temps pour rejoindre Darchen que nous atteignons en début d’après-midi. Les paysages de la vallée de Dzong Chu sont superbes. Dire que bon nombre de voyageurs ignorent ces somptueuses couleurs de roches que les arcs-en-ciel, créés par les mouvements des drapeaux à prières surplombant la rivière, embellissent. Nous récupérons nos affaires et dégotons un dortoir sans confort mais chaleureux.

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